Suer du dessous du genou !

En entrant dans la pièce, instantanément, tu as l’impression de traverser un épais mur de chaleur, mais ça sent bon. Des petites chandelles sont allumées à l’avant, certaines personnes sont déjà allongées sur leur tapis à relaxer ou faire des étirements et une musique douce vient compléter le tableau. Tu entres ! Bienvenue dans l’univers du yoga chaud !

Beaucoup de gens ne peuvent même pas concevoir se faire souffrance en pénétrant dans une telle salle alors que d’autres deviennent absolument accros des sensations provoquées par la pratique en salle chaude. Sentiment accru de mobilité dans le corps, relâchement des tensions et dépassement de soi sont au rendez-vous. Tout ça est clairement possible sans l’addition de chaleur mais pour certains, c’est le petit plus qui fait toute la différence. Tu adores ou tu détestes. C’est quand même drôle de trouver une polarisation aussi flagrante dans le monde du yoga qui tend vers l’équilibre. Quoi qu’il en soit, chez Origine Yoga on a rapidement éteint le débat avec l’installation de 2 salles distinctes ; une tempérée et une chaude. On vous accueille à bras ouverts, sans jugement, chacun son truc…

Il n’en demeure pas moins que l’ampleur grandissante du phénomène mérite de retenir un peu plus notre attention. D’abord, qui a eu cette idée et pourquoi ? Malgré la polémique et les accusations autour du personnage, la plupart des gens s’entendent sur le fait que Bikram Choudhury aurait inventé le yoga chaud peu après son arrivée aux États-Unis dans le début des années 1970 afin d’imiter le climat de l’Inde. Mais c’est surtout dans les 10 dernières années, avec la démocratisation du yoga en général, que l’on a pu assister à l’essor fulgurant de cette pratique et l’ouverture de nombreux centres de Hot Yoga.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que la fameuse salle chauffée vient frapper l’imaginaire des gens qui s’imaginent une salle bondée de femmes en legging en train de faire des contorsions impensables dans une marre de sueur. Un truc très intense quoi ! Évidemment, un grand cliché mais qui semble coller dans l’esprit de beaucoup d’individus qui n’ont pas encore tenté de dépasser ces idées préconçues.

Mettons donc les choses aux claires en rectifiant 6 fausses rumeurs/idées/conceptions:

  1. Il y a de plus en plus d’hommes qui pratiquent le yoga, surtout avec certains cours plus physiques qui peuvent être perçus comme des entraînements intenses.
  2. Le yoga chaud peut être autant intense que doux avec des mouvements lents ou plus statiques. Ainsi, dans certains cours, la chaleur va simplement contribuer à une atmosphère propice à la détente et au ressourcement afin de trouver un état méditatif.
  3. Toxine rime avec marketing… Non, suer plus n’élimine pas les « toxines ». Dans tous les cas, la sudation sert à rétablir la température corporelle et non pas à sortir les poubelles du corps.
  4. Le yoga chaud ne rend pas plus flexible que le yoga effectué sous des températures ‘’normales’’. De plus, il n’est aucunement nécessaire d’être flexible pour pratiquer le yoga. Être très flexible peut même devenir un désavantage à certains moments où l’on doit alors travailler la stabilité, la force et l’endurance de ces personnes.
  5. Même si le yoga et l’exercice en général sont évidemment d’excellents éléments à incorporer dans une démarche de perte de poids, le fait de transpirer davantage en yoga chaud n’a aucune incidence sur la perte de poids.  Le poids en eau qui est perdu par la transpiration est vite repris en buvant et en mangeant.
  6. Puisque la chaleur interne du corps est située autour de 37 degrés Celsius, on réalise vite que l’impact d’une pièce chauffée de 32 à 38 degrés devient négligeable. Toutes les affirmations d’amélioration au niveau de la capacité cardio-vasculaire, la flexibilité musculaire, la circulation sanguine, la santé de la peau, la ‘’détoxification’’ de l’organisme et le renforcement du système immunitaire deviennent sans aucun fondement scientifique.

En abordant le sujet du yoga chaud, j’ai aussi la responsabilité de présenter les précautions à prendre et les contre-indications à cette pratique. Il y a en effet des dangers réels à faire de l’activité physique sous la chaleur intense. Si vous avez une condition de santé particulière, nous vous invitons d’abord à demander l’avis de votre médecin avant de débuter le Hot Yoga. En partant, voici une liste de conditions médicales où le yoga chaud est à proscrire : maladie auto-immune, cancer, troubles respiratoires, troubles cardiaques, hypertension ou hypotension artérielle non contrôlée et grossesse. Pour des gens en parfaite santé, il y a aussi des précautions à prendre car personne n’est à l’abris d’un coup de chaleur, de la déshydratation, de difficultés respiratoires, de perte de conscience ou d’une blessure musculaire. En priorité, il faut s’assurer de bien s’hydrater avant, durant et après la pratique. Il est aussi très sage de rester conscient de l’amplitude de nos mouvements et de nos étirements dans une situation où les muscles sont très réchauffés. Avec ce sentiment d’amplitude, on peut risquer de perdre de vue nos réelles limites et s’infliger une blessure ou une déchirure musculaire.

Pour l’avenir du yoga chaud, il m’apparait très important de rester honnête et de ne pas attribuer une tonne de bénéfices sans appui véritable. Je crois qu’il faut prendre le yoga chaud pour ce qu’il est véritablement ; une super pratique parfois intense, parfois douce mais qui propose à chaque fois une atmosphère unique amenant un sentiment accru de relaxation et de détente, autant sur le plan mental que physique. C’est une expérience vivifiante et vraiment complète, surtout avec l’addition de petites attentions qu’on offre aux clients de Origine Yoga :  une serviette froide aromatisée à la lavande qu’on dépose sur le front lors de la relaxation finale ainsi qu’un shooter de kombucha froid qui est servi à la sortie de la salle.

Au bout du compte, chaud ou pas, quand on parle de bien-être, tout est une question de ressenti. Mon invitation est donc la suivante : soyez curieux, explorez et faites-vous confiance pour ainsi vivre les expériences qui pourront vous servir personnellement.

André-Claude Beaulac
Formateur, fondateur, propriétaire et ami à Origine Yoga

Et si on devenait spécialiste de soi-même?

Chaque jour qui passe, j’habite mon corps, mon mental et mon cœur. Et chaque jour, chaque nuit qui passe, je cohabite avec l’infinité de sensations, de pensées et d’émotions qui peuplent ces derniers. Malgré mon jeune âge, diront certains, j’ai vécu mon lot de troubles de santé physique et mentale. Comme bien des personnes dans ma situation, ce qui m’a un jour paru comme une malédiction m’apparaît aujourd’hui comme un cadeau.

En effet, à travers la douleur et la souffrance, j’ai développé avec mon corps, mon mental et mon cœur une relation intime que bien des gens ne connaîtront jamais, ou découvriront sur le tard. Après de multiples consultations avec divers médecins généralistes et spécialistes, physiothérapeutes, ostéopathes, acupuncteurs, massothérapeutes, chiropraticiennes, naturopathes, psychologues, professeures de yoga et autres, j’ai pris la décision de devenir la spécialiste de moi-même. Je me suis mise à m’intéresser davantage au fonctionnement de mon corps et de mon mental – c’est d’ailleurs qui m’a poussée à devenir professeure de yoga.

Au fil de mes lectures, de mes formations et de mes expériences, j’ai acquis une connaissance et surtout une écoute de moi-même qui ne cessent de s’approfondir. Plus le temps passe, plus j’arrive à reconnaître mes limites, à les communiquer et à les faire respecter. Le yoga et la méditation ne guérissent pas tout, mais ils m’ont donné des outils pour me découvrir, m’apprivoiser et m’apprécier. Ils m’ont appris à être à la fois douce et rigoureuse envers moi-même, à me considérer avec indulgence mais sans tomber dans la complaisance. À me donner «du lousse» quand j’en ai vraiment besoin, mais à ne jamais me laisser tomber, à ne jamais m’abandonner. Le yoga m’a appris à reconnaître ma valeur intrinsèque en tant qu’humaine, faillible, certes, mais complète et digne d’amour – et d’amour-propre.

Je n’hésite plus à poser des questions aux professionnels de la santé et j’ose me considérer égale à eux. Je reconnais leur expertise, mais j’exige qu’ils reconnaissent l’expérience que j’ai de mon corps, mon mental et mon cœur, que la relation s’établisse sur la base d’un dialogue et non d’un rapport de supériorité. Je fais confiance à mon intelligence, à ma capacité de discernement et à cette écoute de moi-même que j’ai su développer. Face au jugement ou au scepticisme de certaines personnes du milieu de la santé ou de mon entourage, j’assume de plus en plus facilement mes choix de vie et de santé.

C’est ce dernier aspect qui me donne toujours plus de fil à retordre. À maintes reprises, on a remis en doute les décisions et les actions (pourtant soigneusement soupesées !) que j’ai prises pour mon bien-être. Bien qu’il soit crucial de faire preuve de vigilance, de rigueur et de discernement, je crois qu’il est tout aussi important de faire preuve d’ouverture et d’empathie. Loin de moi ici de dénigrer la médecine ou notre système de santé, qui regorge de personnes extraordinairement compétentes et dévouées. Cette chronique se veut plutôt un encouragement à devenir spécialiste de vous-même, à apprendre à vous connaître et à vous écouter, à avoir confiance en vous ; une petite tape dans le dos pour vous inciter à faire et à demander ce qu’il y a de mieux pour vous.

Puisque ce corps, ce mental et ce cœur sont ceux qui nous suivront toute notre vie, aussi bien faire équipe avec eux.

Et surtout, surtout, ne jamais s’abandonner.

Chronique initialement parue dans le 17 juillet 2019 dans le journal Le Courrier du Haut-Richelieu

Le printemps, le retour à la légèreté

Je ne sais pas pour vous, mais quand l’arrivée du printemps se fait sentir on dirait que je recommence à vivre. Les journées s’allongent lentement, la température devient un peu plus clémente et la nature en général commence à se réveiller. L’envie de faire du ménage, d’épurer et d’alléger, est très présente. Il est normal de ressentir ces effets, si nous suivons le rythme de la nature. C’est une saison que je vénère pour sa douceur et la possibilité d’être nourrie par toute la nouveauté qu’elle inspire et représente.

L’ayurveda lui donne le nom de la saison Kapha:

Kapha est un mot dans la langue sanskrit qui signifie ce qui fleurit dans l’eau. Selon l’ayurvéda, quand arrive le printemps, les deux éléments de la nature qui sont prédominants sont la terre et l’eau. C’est la raison pour laquelle on la nomme la saison kapha. Si vous remarquez, il y a naturellement une accumulation d’eau dans la nature due à la fonte des neiges et des glaces qui cause de l’humidité et qui nous donne le sentiment de lourdeur et lenteur. Les caractéristiques qui définissent kapha sont lentes, lourdes, denses, froides, liquides, huileuses et douces.

Comment garder une santé équilibrée?

Pour certaines personnes, cette saison est synonyme de rhume, congestion et allergies. C’est souvent l’accumulation de toxines (ama) qui se retrouve dans l’intestin et les poumons qui veulent naturellement s’éliminer. Afin de ne pas aggraver ces symptômes, il est préférable de se synchroniser avec la saison. L’ayurvéda nous enseigne que si nous continuons à nourrir les qualités de kapha, nous créons une nette augmentation, ce qui cause un déséquilibre dans notre corps physique, mental et émotionnel. Donc nous voulons plutôt favoriser : l’action, la chaleur, la légèreté et tout ce qui augmente naturellement l’élimination et la détoxification.

Les cures de nettoyages douces pour le foie et l’intestin sont bénéfiques pour donner un petit coup de pouce. Se faire infuser des épices telles que le fenouil, la coriandre, le cumin aide à éliminer les gras (voir mon site pour la tisane digestive). Le rituel du nettoyage de nos cinq sens est toujours bénéfique pour aider à éliminer la congestion.

Alimentation
Pour ce qui est de l’alimentation, vous voulez favoriser les goûts piquants, amers, astringents qui permettent de diminuer l’accumulation de la saison précédente. Observez également les plantes qui sont disponibles à cette période de l’année, la terre nous donne exactement ce dont nous avons besoin : le pissenlit, l’artichaut et l’endive sont amères et astringentes pour aider votre équilibre au niveau du système digestif. Devenez créatif et trouvez les façons de les apprêter!

Exercice physique
L’exercice physique améliore la circulation et augmente la chaleur ce qui crée un sentiment de légèreté et aide à équilibrer les effets de kapha.
Selon les enseignements de l’ayurvéda, nous retrouvons la majeure partie de kapha dans nos poumons et la région du thorax. Afin de pouvoir équilibrer cette concentration, nous allons favoriser les exercices de respirations(pranayama) ainsi que toutes les ouvertures de la région du thorax.

Les postures de yoga debout favorisent la réduction de kapha surtout lorsque les bras sont soulevés au-dessus des épaules afin d’ouvrir le thorax.
Les ouvertures telles que le cobra, le chameau, la roue, stimulent les fonctions de la glande thyroïde, ouvrent la région du thorax et des poumons.
Les postures debout penchées vers l’avant telles que la pince créent de la chaleur, ce qui aide à éliminer la sensation de froid et d’humidité.
Les inversions stimulent la circulation sanguine et lymphatique et donnent un sentiment de légèreté.

C’est la période de l’année qui nous permet de pousser un peu plus nos entrainements en intensité. Il faut cependant respecter notre constitution initiale pour rester en équilibre. Par exemple, si j’ai une constitution majoritairement pitta (feu et eau) je dois faire attention pour ne pas trop augmenter mon feu. Si je suis majoritairement vata (air et espace) je dois faire attention pour ne pas trop stimuler le système nerveux.

Bon Printemps!

par Cindy Laverrière, thérapeute Ayurvédique, professeur de yoga et massothérapeute

femme assise de dos au bord d'un quai lors d'une journée ensoleillée

Regarder le stress dans les yeux

Chronique initialement parue dans le Journal le Courrier du 21 août 2018
Par André-Claude Beaulac

Je ne sais pas si c’est à cause de la rentrée qui approche, de l’ouverture récente de mon nouveau centre de yoga ou du fait que j’écris cette chronique la veille de la date de tombée, mais j’ai envie de vous parler de… stress ! 

Lorsqu’on pense à une personne stressée, on l’imagine crispée, pressée, le souffle court, le regard rapide, etc. C’est souvent le cas lorsqu’il s’agit d’un stress aigu, en réponse à une situation immédiate (ex : un accident de voiture, un “rush” ponctuel au travail, un premier rendez-vous galant, etc.). Le corps mobilise ses ressources aux endroits les plus importants pour vous permettre de faire face à une situation stressante : le sang s’oxygène plus rapidement, les muscles sont mieux nourris et le cerveau pense plus rapidement. Jusque là, tout va bien : le stress est notre ami.

Le problème se pose lorsque le stress devient chronique (ex : un climat de travail inadéquat, une maladie, une situation familiale difficile). Après un certain temps, le corps s’adapte aux effets du stress, ce qui fait qu’on ne les ressent presque plus. Notre corps continue de concentrer ses énergies aux endroits les plus importants et ce faisant, il délaisse certaines fonctions qu’il juge moins importantes : digestion, élimination, reproduction, etc. Même si on ne sent plus notre coeur battre plus vite ou notre respiration s’accélérer, les effets du stress sont bien présents. Et si on les laisse s’installer sur une longue période, il est possible qu’après un certain temps le corps vienne à bout de ses réserves et s’épuise. Certaines maladies peuvent alors apparaître : épuisement professionnel, fatigue chronique, douleur chronique, inflammation, troubles digestifs… Ceux qui sont passés par là savent qu’en revenir peut être long ! D’où l’importance d’apprendre à reconnaître son stress et à le désamorcer lorsque possible. 

Selon les spécialistes en neurosciences, il existe 4 facteurs de stress : la faible impression de contrôle, l’imprévisibilité, la nouveauté et la menace de l’égo. Les trois premiers sont faciles à comprendre, le quatrième, moins évident. D’une façon un peu simplifiée, on peut expliquer la menace de l’égo par tout ce qui entre en contradiction avec ce que l’on pense de nous-même, ce à quoi on s’identifie, l’image que l’on a de soi. C’est ce qui nous crée une boule dans l’estomac lorsqu’un collègue remet en question notre compétence, par exemple. Tout événement ou situation qui comporte l’un de ces quatre facteurs est susceptible de déclencher chez nous une réaction de stress, qui sera plus ou moins forte selon l’individu. 

La bonne nouvelle, c’est que lorsqu’on prend conscience de cette réaction qui se déclenche, on peut la tempérer, par exemple en relativisant la menace perçue (ex : prendre conscience du fait que ma vie n’est pas en danger parce que je suis en retard à un rendez-vous) ou en mettant en place des mesures pour atténuer mon inconfort (ex : demander une réduction de tâche au travail parce que je sens que je manque de temps). La respiration, la méditation et le yoga peuvent également se révéler des outils forts intéressants dans la gestion du stress, notamment pour apprendre à le reconnaître lorsqu’il se présente, mais aussi pour en atténuer les effets et les utiliser comme guides vers plus d’aisance dans notre vie. 

Alors on prend une grande inspiration… et on déstresse.