Suer du dessous du genou !

En entrant dans la pièce, instantanément, tu as l’impression de traverser un épais mur de chaleur, mais ça sent bon. Des petites chandelles sont allumées à l’avant, certaines personnes sont déjà allongées sur leur tapis à relaxer ou faire des étirements et une musique douce vient compléter le tableau. Tu entres ! Bienvenue dans l’univers du yoga chaud !

Beaucoup de gens ne peuvent même pas concevoir se faire souffrance en pénétrant dans une telle salle alors que d’autres deviennent absolument accros des sensations provoquées par la pratique en salle chaude. Sentiment accru de mobilité dans le corps, relâchement des tensions et dépassement de soi sont au rendez-vous. Tout ça est clairement possible sans l’addition de chaleur mais pour certains, c’est le petit plus qui fait toute la différence. Tu adores ou tu détestes. C’est quand même drôle de trouver une polarisation aussi flagrante dans le monde du yoga qui tend vers l’équilibre. Quoi qu’il en soit, chez Origine Yoga on a rapidement éteint le débat avec l’installation de 2 salles distinctes ; une tempérée et une chaude. On vous accueille à bras ouverts, sans jugement, chacun son truc…

Il n’en demeure pas moins que l’ampleur grandissante du phénomène mérite de retenir un peu plus notre attention. D’abord, qui a eu cette idée et pourquoi ? Malgré la polémique et les accusations autour du personnage, la plupart des gens s’entendent sur le fait que Bikram Choudhury aurait inventé le yoga chaud peu après son arrivée aux États-Unis dans le début des années 1970 afin d’imiter le climat de l’Inde. Mais c’est surtout dans les 10 dernières années, avec la démocratisation du yoga en général, que l’on a pu assister à l’essor fulgurant de cette pratique et l’ouverture de nombreux centres de Hot Yoga.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que la fameuse salle chauffée vient frapper l’imaginaire des gens qui s’imaginent une salle bondée de femmes en legging en train de faire des contorsions impensables dans une marre de sueur. Un truc très intense quoi ! Évidemment, un grand cliché mais qui semble coller dans l’esprit de beaucoup d’individus qui n’ont pas encore tenté de dépasser ces idées préconçues.

Mettons donc les choses aux claires en rectifiant 6 fausses rumeurs/idées/conceptions:

  1. Il y a de plus en plus d’hommes qui pratiquent le yoga, surtout avec certains cours plus physiques qui peuvent être perçus comme des entraînements intenses.
  2. Le yoga chaud peut être autant intense que doux avec des mouvements lents ou plus statiques. Ainsi, dans certains cours, la chaleur va simplement contribuer à une atmosphère propice à la détente et au ressourcement afin de trouver un état méditatif.
  3. Toxine rime avec marketing… Non, suer plus n’élimine pas les « toxines ». Dans tous les cas, la sudation sert à rétablir la température corporelle et non pas à sortir les poubelles du corps.
  4. Le yoga chaud ne rend pas plus flexible que le yoga effectué sous des températures ‘’normales’’. De plus, il n’est aucunement nécessaire d’être flexible pour pratiquer le yoga. Être très flexible peut même devenir un désavantage à certains moments où l’on doit alors travailler la stabilité, la force et l’endurance de ces personnes.
  5. Même si le yoga et l’exercice en général sont évidemment d’excellents éléments à incorporer dans une démarche de perte de poids, le fait de transpirer davantage en yoga chaud n’a aucune incidence sur la perte de poids.  Le poids en eau qui est perdu par la transpiration est vite repris en buvant et en mangeant.
  6. Puisque la chaleur interne du corps est située autour de 37 degrés Celsius, on réalise vite que l’impact d’une pièce chauffée de 32 à 38 degrés devient négligeable. Toutes les affirmations d’amélioration au niveau de la capacité cardio-vasculaire, la flexibilité musculaire, la circulation sanguine, la santé de la peau, la ‘’détoxification’’ de l’organisme et le renforcement du système immunitaire deviennent sans aucun fondement scientifique.

En abordant le sujet du yoga chaud, j’ai aussi la responsabilité de présenter les précautions à prendre et les contre-indications à cette pratique. Il y a en effet des dangers réels à faire de l’activité physique sous la chaleur intense. Si vous avez une condition de santé particulière, nous vous invitons d’abord à demander l’avis de votre médecin avant de débuter le Hot Yoga. En partant, voici une liste de conditions médicales où le yoga chaud est à proscrire : maladie auto-immune, cancer, troubles respiratoires, troubles cardiaques, hypertension ou hypotension artérielle non contrôlée et grossesse. Pour des gens en parfaite santé, il y a aussi des précautions à prendre car personne n’est à l’abris d’un coup de chaleur, de la déshydratation, de difficultés respiratoires, de perte de conscience ou d’une blessure musculaire. En priorité, il faut s’assurer de bien s’hydrater avant, durant et après la pratique. Il est aussi très sage de rester conscient de l’amplitude de nos mouvements et de nos étirements dans une situation où les muscles sont très réchauffés. Avec ce sentiment d’amplitude, on peut risquer de perdre de vue nos réelles limites et s’infliger une blessure ou une déchirure musculaire.

Pour l’avenir du yoga chaud, il m’apparait très important de rester honnête et de ne pas attribuer une tonne de bénéfices sans appui véritable. Je crois qu’il faut prendre le yoga chaud pour ce qu’il est véritablement ; une super pratique parfois intense, parfois douce mais qui propose à chaque fois une atmosphère unique amenant un sentiment accru de relaxation et de détente, autant sur le plan mental que physique. C’est une expérience vivifiante et vraiment complète, surtout avec l’addition de petites attentions qu’on offre aux clients de Origine Yoga :  une serviette froide aromatisée à la lavande qu’on dépose sur le front lors de la relaxation finale ainsi qu’un shooter de kombucha froid qui est servi à la sortie de la salle.

Au bout du compte, chaud ou pas, quand on parle de bien-être, tout est une question de ressenti. Mon invitation est donc la suivante : soyez curieux, explorez et faites-vous confiance pour ainsi vivre les expériences qui pourront vous servir personnellement.

André-Claude Beaulac
Formateur, fondateur, propriétaire et ami à Origine Yoga

Et si on devenait spécialiste de soi-même?

Chaque jour qui passe, j’habite mon corps, mon mental et mon cœur. Et chaque jour, chaque nuit qui passe, je cohabite avec l’infinité de sensations, de pensées et d’émotions qui peuplent ces derniers. Malgré mon jeune âge, diront certains, j’ai vécu mon lot de troubles de santé physique et mentale. Comme bien des personnes dans ma situation, ce qui m’a un jour paru comme une malédiction m’apparaît aujourd’hui comme un cadeau.

En effet, à travers la douleur et la souffrance, j’ai développé avec mon corps, mon mental et mon cœur une relation intime que bien des gens ne connaîtront jamais, ou découvriront sur le tard. Après de multiples consultations avec divers médecins généralistes et spécialistes, physiothérapeutes, ostéopathes, acupuncteurs, massothérapeutes, chiropraticiennes, naturopathes, psychologues, professeures de yoga et autres, j’ai pris la décision de devenir la spécialiste de moi-même. Je me suis mise à m’intéresser davantage au fonctionnement de mon corps et de mon mental – c’est d’ailleurs qui m’a poussée à devenir professeure de yoga.

Au fil de mes lectures, de mes formations et de mes expériences, j’ai acquis une connaissance et surtout une écoute de moi-même qui ne cessent de s’approfondir. Plus le temps passe, plus j’arrive à reconnaître mes limites, à les communiquer et à les faire respecter. Le yoga et la méditation ne guérissent pas tout, mais ils m’ont donné des outils pour me découvrir, m’apprivoiser et m’apprécier. Ils m’ont appris à être à la fois douce et rigoureuse envers moi-même, à me considérer avec indulgence mais sans tomber dans la complaisance. À me donner «du lousse» quand j’en ai vraiment besoin, mais à ne jamais me laisser tomber, à ne jamais m’abandonner. Le yoga m’a appris à reconnaître ma valeur intrinsèque en tant qu’humaine, faillible, certes, mais complète et digne d’amour – et d’amour-propre.

Je n’hésite plus à poser des questions aux professionnels de la santé et j’ose me considérer égale à eux. Je reconnais leur expertise, mais j’exige qu’ils reconnaissent l’expérience que j’ai de mon corps, mon mental et mon cœur, que la relation s’établisse sur la base d’un dialogue et non d’un rapport de supériorité. Je fais confiance à mon intelligence, à ma capacité de discernement et à cette écoute de moi-même que j’ai su développer. Face au jugement ou au scepticisme de certaines personnes du milieu de la santé ou de mon entourage, j’assume de plus en plus facilement mes choix de vie et de santé.

C’est ce dernier aspect qui me donne toujours plus de fil à retordre. À maintes reprises, on a remis en doute les décisions et les actions (pourtant soigneusement soupesées !) que j’ai prises pour mon bien-être. Bien qu’il soit crucial de faire preuve de vigilance, de rigueur et de discernement, je crois qu’il est tout aussi important de faire preuve d’ouverture et d’empathie. Loin de moi ici de dénigrer la médecine ou notre système de santé, qui regorge de personnes extraordinairement compétentes et dévouées. Cette chronique se veut plutôt un encouragement à devenir spécialiste de vous-même, à apprendre à vous connaître et à vous écouter, à avoir confiance en vous ; une petite tape dans le dos pour vous inciter à faire et à demander ce qu’il y a de mieux pour vous.

Puisque ce corps, ce mental et ce cœur sont ceux qui nous suivront toute notre vie, aussi bien faire équipe avec eux.

Et surtout, surtout, ne jamais s’abandonner.

Chronique initialement parue dans le 17 juillet 2019 dans le journal Le Courrier du Haut-Richelieu

Se permettre d’être

Dans ma chronique de mars dernier, je vous entretenais sur comment préparer le corps à la méditation. Je vous partage aujourd’hui ma technique de méditation de prédilection : la méditation pleine conscience.

Il y a déjà quelques années que j’enseigne la méditation pleine conscience. Des valeurs profondes se sont installées. J’ai le sentiment de transmettre une ancienne façon de vivre qui date de millénaires.

La méditation est simple et difficile en même temps. Elle est simple dans son essence. Elle nous demande de s’asseoir confortablement, de respirer pleinement et de s’observer. Quoi de plus simple ?

Là ou cette simplicité se complique c’est lorsque les résistances et les jugements se manifestent. Les outils proposés par la méditation pleine conscience vont favoriser le dénouement de ces formes pensées qui nous limitent dans notre épanouissement personnel. Il y a en premier le scan corporel dans lequel nous sommes guidés dans notre corps pour le contacter et le reconnaître dans tous ses fonctions et sa perfection pour nous maintenir en vie. Alors un sentiment de reconnaissance et de respect s’établit entre le corps et l’esprit. La résistance et les jugements s’estompent et ils sont remplacés par la confiance et la détente.

Dans l’exploration des moyens offerts par la méditation pleine conscience vient la marche méditative. Le corps qui a été observé dans son entièreté pendant le scan corporel se met en mouvement. Nous marchons dans la conscience de qui nous sommes, simplement, sans jugements, comme l’enfant qui fait ses premiers pas. Cela occasionne un lâcher prise profond sur nos jugements.

Puis, suit la méditation guidée assise. Elle commence par une installation confortable du corps et une prise de contact avec la respiration abdominale ; c’est notre point de départ. Vous serez guidé sur différents aspects de votre vie au quotidien à partir de la respiration et l’observation de soi. Nous étudions le mouvement du souffle, de la pensée, des émotions, pour nous permettre de mieux nous connaître. Cela nous guide vers notre sagesse intérieure avec une conscience élargie.

Zanie Roy, professeure de méditation pleine conscience et enseignante certifiée du Programme de réduction du stress par la pleine conscience de Jon Kabat-Zinn parle de la méditation en ces termes :

« La méditation est une présence à l’instant, sans jugement, moment après moment, une observation de la vie en nous. Quand vous remarquez que votre mental juge, c’est-à-dire qu’il repousse les choses qu’il n’aime pas ou s’accroche aux choses qu’il aime, observez simplement ce qui se passe. La méditation est une présence sans effort et sans choix à la totalité de la vie qui s’exprime en nous et autour de nous, et ce, à chaque moment de notre vie. C’est un état d’être et non une activité. Vous n’avez rien à faire, simplement vous permettre d’être. »

Se permettre d’être, tout simplement, n’est-ce pas là le plus beau des cadeaux que l’on puisse se faire?

Chronique initialement parue dans le 18 juin 2019 dans le journal Le Courrier du Haut-Richelieu

Par Lise Benoit, professeure de yoga et de méditation

Le don de soi

Nous assistons en cette ère de mondialisation à un désarroi profond, à un sentiment de solitude qui ne cesse de grandir. Nous voyons se répandre un sentiment d’égarement, d’anxiété, une recherche d’identité. Plusieurs personnes ont du mal à trouver un sens à leur vie, à se sentir “à la maison” et ont une incapacité à tisser des liens profonds par peur d’abandon et de la critique.

Plus que jamais, notre vie est scrutée de tous bords tous côtés par les médias, nos voisins, notre communauté, nos proches. Le regard des autres sur ce que nous faisons est omniprésent, et pour plusieurs, il s’agit d’un poids lourd à porter. Ils se demandent sans cesse quelle est la bonne chose à faire.

Je crois que l’une des plus belles manières de lutter contre ce mal-être et de développer notre estime de soi est de donner aux autres. Et pas seulement matériellement : il est important de savoir dialoguer pour faire émerger une présence, une présence qui écoute et encourage. En effet, le contraire de la misère, ce n’est pas la richesse. Le contraire de la misère, c’est le partage. Le don de soi, ce n’est pas du volontarisme, ce n’est pas de l’activisme : c’est vraiment avoir le coeur ému de compassion.

Nous devons réfléchir un peu moins à ce que l’on doit faire et un peu plus à ce que nous sommes. Ce que nous sommes est le résultat de ce que nous avons pensé. Quand nous sommes installés dans un état de bonté, conforme à notre nature profonde, nos actions et nos œuvres peuvent briller d’une vive clarté. La compassion et l’amour se déploient dans notre esprit et dans notre coeur. Nous pouvons ensuite commencer à en faire de plus en plus l’expérience dans notre vie quotidienne. La bonté est faite de petits gestes. Ces gestes ne mènent pas à de grandes victoires ; ce sont des gestes de tous les jours, mais qui n’en sont pas moins héroïques pour autant.

N’ayez pas peur d’être cette présence bienveillante, y compris pour vous-même, car comme l’écrit le psychosociologue français Jacques Salomé : “La pire des solitudes n’est pas d’être seul : c’est d’être un compagnon épouvantable pour soi-même.” Quand nous nous aimons, le don de soi devient notre plus belle preuve d’amour envers les autres. Notre regard devient regard de bonté, de tendresse, de pardon et nous voilà réconciliés avec nous-mêmes, en paix avec les autres, transformés à cause de l’autre.

Donnons alors sans attentes, avec le cœur grand ouvert, sans espérer de reconnaissance ni même de remerciements. Donnons sans nous épuiser, sans craindre de manquer, puisque nous nous ressourçons constamment en nous-mêmes.

J’accepte de recevoir, j’accepte de me donner. Voilà le secret de la joie profonde.

Chronique initialement parue dans le 22 mai 2019 dans le journal Le Courrier du Haut-Richelieu

Par Josée Delage, membre de notre équipe d’échange d’énergie

Sans rien vouloir changer, même pas soi-même

Chronique initialement parue dans le 26 mars 2019 dans le journal Le Courrier du Haut-Richelieu

Par Lise Benoit, professeure de yoga et de méditation

En ma qualité d’enseignante de yoga et de méditation depuis plus de 15 ans, j’aimerais vous entretenir aujourd’hui sur l’importance de se préparer physiquement et mentalement avant de méditer. La méditation étant un état d’abandon au souffle de vie qui circule en nous, l’élimination des tensions et du stress émotionnel avant de commencer à méditer prend tout son sens.

Souvent, je recommande à mes élèves qui souhaitent débuter une pratique de méditation régulière de se créer une petite routine de yoga personnalisée. Celle-ci n’a pas besoin d’être très longue. Selon notre état du moment et le temps disponible, dix minutes d’exercices de yoga et de respiration peuvent suffire à établir une prise de contact avec son corps. Plusieurs options s’offrent à nous. Pour ma part, j’apprécie particulièrement la respiration alternée (anuloma viloma), qui recentre et équilibre l’état du mental. Si vous n’êtes pas familier avec ce type de respiration, une pratique aussi simple que la respiration abdominale profonde vous aidera à calmer le mental et à recentrer le corps physique. Peuvent ensuite suivre des mouvements comme la salutation au soleil ou des postures d’étirements qui vous font du bien et qui vous permettent d’éliminer les tensions et le stress accumulés dans le corps physique.

Cette préparation physique est une première étape pour commencer une séance de méditation et augmenter la qualité de la présence et de la conscience de soi. L’abandon au corps qu’exige la méditation passe par une posture confortable et une respiration régulière, qui nous amèneront peu à peu à un état d’esprit présent et ouvert. Puis, suivront d’autres étapes dans lesquelles nous apprivoiserons l’accueil des pensées perturbantes, le ressenti et le lâcher-prise : trois outils très efficaces pour nous ramener au cœur de la pleine conscience et du souffle de vie.

La méditation n’est pas chose facile ! D’où l’importance de prendre contact avec son corps et sa respiration avant de débuter sa pratique. Permettez-moi ici de vous citer la conférencière et professeure de yoga et de méditation Nicole Bordeleau :

«Simplement être
Être juste ici, maintenant
Accueillir ce qui est instant après instant.
En inspirant et en expirant
naturellement
Sans rien vouloir changer
Même pas soi-même. »

La méditation n’est pas une activité banale ou une mode passagère : il s’agit d’un mode de vie, d’un état d’esprit pouvant nous mener à un bien-être profond et durable.

Bonne méditation,

Namasté
Lise Benoit

Femme dans la soixantaine assise en méditation dans un studio de yoga

Au volant de sa conscience

Pluie, neige, glace, « bouette », trous… les conditions routières des derniers temps ont de quoi me rendre folle. Grande anxieuse que je suis, j’ai toujours été craintive au volant l’hiver. Disons que je ne m’obstine pas quand quelqu’un propose de conduire à ma place ! Reste que la plupart des jours, je dois me résoudre à m’asseoir derrière le volant de ma rutilante Ford Fiesta et prendre la route, comme des milliers d’autres personnes. Certaines sont aussi stressées que moi, d’autres encore plus et certaines pas peureuses du tout, voire carrément dangereuses.

Cela dit, je déteste beaucoup moins conduire l’hiver depuis que je pratique le yoga au volant. Oui, oui, vous avez bien lu, je pratique le yoga au volant ! N’allez cependant pas croire que je fais le grand écart en conduisant (ni jamais, d’ailleurs). Bien qu’il m’arrive de laisser sortir un long “Ommmmm” pour me calmer le pompon au lieu de me défouler sur le klaxon, ma pratique de yoga au volant tourne plutôt autour de la pleine conscience et de la bienveillance.

La pleine conscience est une forme de méditation simple, accessible à tous et praticable en toutes circonstances. En gros, la pleine conscience consiste à observer ce qui est ; une invitation à être pleinement présent à nos sensations physiques, à nos pensées, à nos émotions, que celles-ci nous semblent agréables ou inconfortables. Par exemple, je peux remarquer mes épaules remontées et mes mains crispées sur le volant, la tension que je retiens dans le bas de mon dos, la qualité de ma respiration ou encore la douce chaleur de mon siège chauffant (j’ai cette chance !). Je peux sentir l’odeur du café qui refroidit dans le porte-gobelet, entendre la neige qui crisse sous mes pneus, voir l’environnement dans lequel je circule : les couleurs, les formes, les textures. L’exercice est de tenter de prendre conscience de toutes ces choses sans leur apposer d’étiquette de bonne ou mauvaise ; simplement être avec ce qui est.

La bienveillance, elle, invite à la douceur. La bienveillance signifie littéralement “vouloir du bien”, à soi et aux autres. Pour la plupart des gens, il est plus facile de commencer par soi-même. Lorsque je remarque que mes épaules ou mon dos sont tendus, je peux les relâcher avec l’expiration. Quand je prends conscience que c’est moi qui vis les conséquences de ma réaction aux conditions routières, que c’est moi qui me tends, qui serre les dents et qui respire vite, je me dis que je mérite d’être bien et je me détends. De la même façon, si un autre automobiliste fait une manœuvre douteuse et que cela génère de la colère en moi, je peux nommer le mot “colère” dans ma tête à l’inspir, et puis “douceur” à l’expir. Éventuellement, si je m’en sens capable, je peux diriger ma bienveillance envers cette personne qui a coupé ma route, en réalisant qu’elle aussi, au fond, mérite d’être bien. Je ne la connais pas, je ne sais rien de son histoire ; si ça se trouve, elle est aussi inconfortable que moi dans la situation. Alors j’inspire profondément et j’expire… la bienveillance.

Bonne conduite !

Chronique initialement parue dans le Journal le Courrier du 26 février 2019

par Audrey-Anne Trudel

Dans la jungle du yoga

Le yoga, c’est populaire ! Sa popularité ne cesse de croître depuis son arrivée en Occident dans les années 70. Presque tout le monde connaît quelqu’un qui en fait, les médecins le recommandent pour gérer le stress et aider avec diverses pathologies.

On trouve du yoga dans les salles de sport, les écoles, en entreprises, les studios ne cessent de se multiplier, les professeurs abondent. Et avec cette croissance, viennent les différents styles qui sont proposés. Hatha, ashtanga, vinyasa, iyengar, viniyoga, raja, power, flow, doux, acro-yoga…je pourrais continuer longtemps ! De plus, pour compliquer tout cela, le même style peut être enseigné de façon complètement différente selon la personne qui offre le cours. Ça devient mêlant tout cela et pour le débutant qui n’a jamais mis les pieds au studio, c’est un peu intimidant.

Évidemment, chaque enseignant pratique le « vrai » yoga. Chaque école va vendre son yoga comme étant le plus traditionnel de la liste. Mais qu’en est-il réellement ? Quel est le meilleur yoga à pratiquer ? La réponse est bien simple. Il y a un yoga pour tout le monde, selon les étapes de nos vies. Un yoga si on aime bouger, un autre pour méditer et certains même pour se dépasser. D’abord, les formations professorales sont tout aussi nombreuses et chaque maître a lui aussi son parcours de pratiquants, d’enseignants et d’élèves.

Plus les formations s’accumulent, plus le style de l’enseignant se transforme, combinant les connaissances pour les partager à leurs couleurs. Chaque enseignant offre son savoir, mais aussi son expérience, ce que cette personne expérimente sur son tapis lors de sa pratique personnelle. On ne peut enseigner que ce que l’on connaît, ce que l’on ressent, ce qui vibre en nous quand on s’adonne à notre yoga. Lorsque j’enseigne à une classe, j’offre ma pratique, ce que je vis chez moi quand je m’arrête pour respirer et bouger. Et nos besoins étant tous différents et variables de jour en jour, cette pratique change, grandit et se transforme au cours de nos vies.

Alors ? C’est quoi le meilleur style de yoga ? Celui qui te rend heureux, le style qui te donne cette petite légèreté quand tu termines, ce sentiment de paix et de bien-être. Celui où toi, tu te sens bien. Alors mon conseil aux débutants, et même à ceux qui plafonnent dans leurs pratiques ? Essaie, vole de cours en cours, explore différents profs, différents styles. Reviens dans la classe où tu sens cette étincelle ! Trouve ta pratique à toi au cœur de cette jungle du yoga.

Chronique initialement parue dans le Journal le Courrier du 23 janvier 2019

par Vicky Veilleux

La misère des riches

Avec l’année 2018 qui s’achève, j’ai commencé à ralentir et à faire le point sur mes apprentissages des derniers mois. L’intensité inégalée de mon année en termes d’expériences de vie me donne envie de vous écrire à propos de l’abondance. Voici ce que j’entends par une année intense : en moins de 6 mois, j’ai fait l’achat d’un triplex, vendu ma maison, relocalisé et agrandi mon studio de yoga (lire : coordonner un chantier de construction) et accueilli un deuxième petit ange dans ma famille. Ce sont des opportunités et des cadeaux de la vie exceptionnels. Bien que j’aie énormément de gratitude pour cette année de prospérité, j’avoue qu’à plusieurs moments, je ne le voyais plus sous cet angle. J’ai connu des phases de doute, de colère et de découragement. Je me suis parfois senti étouffé par l’abondance.

Curieusement, la plus grande richesse que je tire de cette année n’a rien à voir avec ma nouvelle maison, Origine Yoga ou la naissance de mon fils. Je découvre à peine que la véritable valeur reçue réside dans les moments plus sombres amenés par ce raz-de-marée de changements que j’ai vécu, à m’observer naviguer à travers le stress, la fatigue et la peur. Ce fût une année de grands apprentissages sur moi-même… et à voir la quantité de situations « challengeantes » auxquelles j’ai fait face, il semble que j’avais beaucoup de choses à apprendre!

À l’instant même, alors que je m’adonne à cet exercice de réflexion, je prends conscience que je suis devenu trop sérieux. Le gestionnaire a pris le dessus sur le bon vivant. Deux heures par jour, je me permets d’être joyeux, spontané et décontracté avec ma fille de 4 ans, un vrai clown! Mais le reste du temps, je réalise que je m’impose le rôle de l’entrepreneur sérieux, rigoureux et cérébral. Bien sûr, je demeure une personne ouverte, à l’écoute et sensible aux autres, mais je me rends compte qu’au travers de toutes mes tâches, un peu écrasé par mes responsabilités, je ne me permets que très peu de répit. Il y aurait bien un peu de temps libre, par-ci, par-là, mais je ressens une forte impulsion à utiliser chaque minute disponible pour faire et faire toujours plus.

J’ai toujours eu tendance à être motivé, pragmatique, organisé et perfectionniste. Heureusement, d’autres aptitudes me permettent le plus souvent de maintenir un bon équilibre. Avec l’intensité des derniers mois et la pression d’entrer dans des délais et autres paramètres tellement serrés, c’est comme si j’avais cru bon de me retrancher dans la version de moi la plus sérieuse. Honnêtement, je ne sais pas si un autre mode m’aurait permis d’accomplir autant en si peu de temps, mais je sais que c’est un mode survie duquel je peux – et dois – maintenant décrocher. Être toujours sur mes gardes, à la recherche de problèmes potentiels avant même qu’ils ne surviennent n’a plus son sens maintenant. En me braquant ainsi, je me bloque de l’imprévisibilité de la vie et de ce qu’elle peut m’apporter de plus beau. Au fond, je sais bien que ce sentiment d’urgence cache mon insécurité. Comme j’ai beaucoup reçu, il m’apparaît que j’ai beaucoup à perdre.

Reste que ma plus grande peur est de passer à côté de ma vie. Même si j’aimerais qu’elle coule comme un beau long fleuve tranquille, je sais pertinemment que ce ne seras pas le cas. J’appelle donc encore plus d’aventures et de défis qui me feront, oui souffrir, mais surtout grandir. Cela dit, si elles peuvent s’espacer un peu, je ne suis pas contre de laisser un peu d’abondance pour les autres! C’est donc plus léger que je reprends ma route, avec l’envie de rire, de faire confiance, d’être décontracté et de faire du yoga, du yoga et encore du yoga. Après tout, il y aura toujours une stratégie à raffiner, une brassée de lavage à faire ou un clou de travers à redresser. Quand bien même ils attendraient un peu… le monde ne s’arrêtera pas de tourner.

Chronique initialement parue dans le Journal le Courrier du 19 décembre 2018

par André-Claude Beaulac

Novembre, en-dedans.

Déjà novembre ! Chaque année, c’est la même chose. Il fait froid. Il pleut, il neige, il vente. On manque de lumière. Avec Dédé Fortin qui chante “Dehors, novembre” en boucle dans ma tête, on va se le dire, ça peut vite devenir déprimant. Mais en prenant le temps d’écouter les paroles, je me suis rendu compte que cette chanson, qui traite de l’insoutenable attente de la mort, parle surtout de l’importance de faire la paix avec soi-même.

C’est là que j’ai cliqué. Et si, plutôt que de me battre contre novembre, contre la déprime, contre le froid, contre l’hiver qui s’en vient, je profitais de ce moment pour prendre soin de moi ? Et si je choisissais de voir la température rebutante et les heures d’obscurité supplémentaires comme une invitation à l’introspection ? Et si quand dehors, je vois novembre, je me chuchotais doucement : “Novembre, en-dedans”. Novembre, une occasion de rentrer à l’intérieur de soi, d’honorer sa fatigue, ses émotions, sa lourdeur.

À la manière des arbres qui se défont de leurs feuilles pour concentrer leur énergie dans leur centre et leurs racines, voyons de quoi nous pouvons nous défaire pour mieux passer l’hiver. De façon concrète, il peut s’agir de se défaire de biens matériels qui ne nous servent plus , comme les trois paires de chaussures que je garde “au cas où” mais que je n’ai pas portées depuis trois ans et qui encombrent le garde-robe de l’entrée. Sur un plan plus profond, si ce travail nous intéresse, on peut réfléchir à ce qu’on pourrait laisser aller mentalement et émotionnellement. Cela pourrait alors ressembler à une habitude malsaine que l’on souhaite abandonner, comme celle de regarder son téléphone cellulaire juste avant de se mettre au lit. Plus profondément encore, ce pourrait être de se permettre de laisser aller une émotion lourde à porter, comme cette frustration que l’on traîne depuis des années à propos d’une ancienne relation. On peut également choisir de se défaire de ces obligations qui n’en sont pas vraiment : entretenir des amitiés qui nous drainent beaucoup d’énergie, avoir une maison complètement nette du sous-sol au grenier, toujours être parfait et souriant, même quand ça va moins bien.

Pour arriver à faire la paix avec nous-même et à se défaire du superflu, le yoga nous offre de précieux outils, à commencer par l’observation de soi. Assis en méditation ou bien campé dans une posture de yoga, la première instruction est de prendre conscience de son état physique, mental et émotionnel. La pleine conscience est une faculté qui se pratique, se développe et s’acquiert avec le temps. On commence d’abord par la conscience du corps, plus accessible, puis on chemine vers la conscience de nos pensées, de nos automatismes et de nos réactions. Une fois cette habitude de pleine conscience acquise dans le cadre de la pratique de yoga, on remarque qu’elle se transpose dans toutes les sphères de notre vie. Et à partir de cette reconnaissance de soi, le cheminement se poursuit vers l’acceptation de ce que l’on est. Et plus on est en paix avec qui on est, moins on ressent le besoin de s’encombrer de ce qui n’est pas véritablement utile.

En cette fin d’automne, au fur et à mesure que s’ajoutent les couches de vêtements, pourquoi ne pas nous dévêtir de l’intérieur ? Couche par couche, s’attendrir jusqu’au coeur, vulnérable, pour enfin se rapprocher de notre véritable nature.

Chronique initialement parue dans le Journal le Courrier du 20 novembre 2018
Par André-Claude Beaulac

 

Le yoga des nerfs solides

Depuis quelques années, le yoga bénéficie d’un véritable engouement en Occident. C’est une tradition, un mode de vie, une école de sagesse élaborée en Inde au VIIe siècle avant l’ère moderne. Depuis, une multitude de formes ont été développées selon les défis et les objectifs visés ; c’est une route, une direction, une opportunité. À chacun sa route, à chacun son yoga en regard des besoins et des personnalités. Personnellement, j’affectionne plusieurs styles, mais je reste fidèle à une pratique traditionnelle qui m’a transformé, inspiré et tant donné : le yoga Kundalini.

Le yoga Kundalini a été introduit en Occident par Yogi Bhajan vers la fin des années soixante. Ce dernier ne cherchait pas à accumuler les disciples, mais plutôt à former des cohortes d’enseignants qui pourraient l’aider à répandre et démocratiser cette pratique millénaire. Bhajan fut d’abord condamné en Inde pour avoir révélé ce yoga royal qui était encore conservé comme un joyau secret. À la fois doux et puissant, accessible à tous, mais parfois très déstabilisant, ce yoga présente des séries d’exercices, postures, respirations, mantras et méditations proposés selon une séquence particulière. Ces séries sont appelées kriyas. Chaque kriya vise un objectif de bien-être particulier au niveau physique, mental ou émotionnel, comme la santé digestive ou l’élimination des peurs. L’extérieur et l’intérieur se reflétant l’un sur l’autre, on cherche l’harmonisation et l’unification. En ces temps modernes, on peut dire que c’est le yoga des « nerfs solides ». Des exercices souvent simples, répétitifs et parfois vigoureux vont régulièrement cibler la colonne vertébrale, le système nerveux et le système endocrinien afin de stimuler l’énergie de la kundalini. Souvent désignée comme l’énergie de la conscience, la kundalini circule le long de la colonne à travers les nadis et s’entrecroise aux chakras avec un sentiment de grand bien-être.

Chaque séance débute par l’Adi mantra « Ong Namo Guru Dev Namo » qui signifie : « J’honore l’énergie créatrice, j’honore la sagesse infinie. » Ce mantra nous branche avec notre propre sagesse et favorise le lien de l’étudiant avec la chaîne d’or de tous les enseignants de la tradition. Il est suggéré de porter des vêtements blancs, symbole de pureté. Cette absence de couleur permet aussi de se sentir moins encombré, de laisser circuler plus librement la pratique de yoga, voire même de créer un bouclier reflétant tout ce qui est à l’extérieur pour se concentrer sur l’intérieur de soi. On y arrive doucement, un peu avec les vêtements blancs, mais beaucoup en se détendant sur tous les plans.

Traditionnellement, la séance se termine par une relaxation au son du gong, une musique céleste qui fait vibrer chaque parcelle de l’être. Ce disque de métal unique fait à la main est un amplificateur sonore qui transporte et libère les gens à coup de vagues successives. « Vous n’avez pas de résistance contre ce son. C’est le maître son, l’Adi Naad. Tout ce que vous pensez devient zéro – le gong prévaut. » –Yogi Bhajan

Le Kundalini, yoga de soi à soi, se présente comme un guide vers l’essentiel et une voie d’éveil. Ses rituels et symboles visent à permettre à notre vitalité de s’exprimer par une meilleure circulation de notre énergie. Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, que certains le qualifient de Yoga Originel : une voie royale vers l’UN.

Chronique initialement parue dans le Journal le Courrier du 24 octobre 2018
Par André-Claude Beaulac

Regarder le stress dans les yeux

Chronique initialement parue dans le Journal le Courrier du 21 août 2018
Par André-Claude Beaulac

Je ne sais pas si c’est à cause de la rentrée qui approche, de l’ouverture récente de mon nouveau centre de yoga ou du fait que j’écris cette chronique la veille de la date de tombée, mais j’ai envie de vous parler de… stress ! 

Lorsqu’on pense à une personne stressée, on l’imagine crispée, pressée, le souffle court, le regard rapide, etc. C’est souvent le cas lorsqu’il s’agit d’un stress aigu, en réponse à une situation immédiate (ex : un accident de voiture, un “rush” ponctuel au travail, un premier rendez-vous galant, etc.). Le corps mobilise ses ressources aux endroits les plus importants pour vous permettre de faire face à une situation stressante : le sang s’oxygène plus rapidement, les muscles sont mieux nourris et le cerveau pense plus rapidement. Jusque là, tout va bien : le stress est notre ami.

Le problème se pose lorsque le stress devient chronique (ex : un climat de travail inadéquat, une maladie, une situation familiale difficile). Après un certain temps, le corps s’adapte aux effets du stress, ce qui fait qu’on ne les ressent presque plus. Notre corps continue de concentrer ses énergies aux endroits les plus importants et ce faisant, il délaisse certaines fonctions qu’il juge moins importantes : digestion, élimination, reproduction, etc. Même si on ne sent plus notre coeur battre plus vite ou notre respiration s’accélérer, les effets du stress sont bien présents. Et si on les laisse s’installer sur une longue période, il est possible qu’après un certain temps le corps vienne à bout de ses réserves et s’épuise. Certaines maladies peuvent alors apparaître : épuisement professionnel, fatigue chronique, douleur chronique, inflammation, troubles digestifs… Ceux qui sont passés par là savent qu’en revenir peut être long ! D’où l’importance d’apprendre à reconnaître son stress et à le désamorcer lorsque possible. 

Selon les spécialistes en neurosciences, il existe 4 facteurs de stress : la faible impression de contrôle, l’imprévisibilité, la nouveauté et la menace de l’égo. Les trois premiers sont faciles à comprendre, le quatrième, moins évident. D’une façon un peu simplifiée, on peut expliquer la menace de l’égo par tout ce qui entre en contradiction avec ce que l’on pense de nous-même, ce à quoi on s’identifie, l’image que l’on a de soi. C’est ce qui nous crée une boule dans l’estomac lorsqu’un collègue remet en question notre compétence, par exemple. Tout événement ou situation qui comporte l’un de ces quatre facteurs est susceptible de déclencher chez nous une réaction de stress, qui sera plus ou moins forte selon l’individu. 

La bonne nouvelle, c’est que lorsqu’on prend conscience de cette réaction qui se déclenche, on peut la tempérer, par exemple en relativisant la menace perçue (ex : prendre conscience du fait que ma vie n’est pas en danger parce que je suis en retard à un rendez-vous) ou en mettant en place des mesures pour atténuer mon inconfort (ex : demander une réduction de tâche au travail parce que je sens que je manque de temps). La respiration, la méditation et le yoga peuvent également se révéler des outils forts intéressants dans la gestion du stress, notamment pour apprendre à le reconnaître lorsqu’il se présente, mais aussi pour en atténuer les effets et les utiliser comme guides vers plus d’aisance dans notre vie. 

Alors on prend une grande inspiration… et on déstresse.

L’art d’être occupé sans se préoccuper

Je ne sais pas pour vous, mais ces temps-ci, je cours partout ! Littéralement. Avec l’expansion, l’évolution et le déménagement de mon entreprise, combiné à mon déménagement personnel et à mes rôles familiaux, je saute d’un rendez-vous à l’autre sans vraiment voir le temps passer. Disons que la phrase “Je suis très occupé ces temps-ci” sort souvent de ma bouche depuis quelques mois.

Comme toute situation de vie, celle-ci m’amène des questionnements et des réalisations. Est-ce qu’être occupé doit absolument rimer avec être préoccupé ? Après courte réflexion – car, après tout, je suis occupé ! – la réponse me saute aux yeux : non.

Recherche rapide : le mot “préoccupé” provient du latin praeoccupare, qui signifie “occuper avant”. Quand on y pense, c’est assez logique : pré-occupé. S’encombrer le cerveau de ce qui s’en vient ou de ce qui pourrait arriver. Laisser le futur envahir le présent. Moi, le professeur de yoga qui répète constamment à ses étudiants d’être dans le moment présent, me voilà un cordonnier bien mal chaussé !

Quand je suis préoccupé, que ce soit parce que je crains d’être en retard à mon rendez-vous dans 30 minutes ou bien à propos du succès de mon entreprise pour les cinq prochaines années, je me projette dans le futur et surtout… j’oublie d’être pleinement dédié à ce que je suis en train de faire, aux personnes avec qui je suis.

Et pourtant, il n’y a aucune raison valable de m’occuper l’esprit avec ce que je ne suis même pas encore en train de faire : je n’ai aucun contrôle dessus ! Mon énergie serait bien mieux investie à ce qui m’occupe dans le présent. Plutôt que de stresser à propos d’arriver à l’heure à la banque, à mon rendez-vous avec le contracteur ou à la garderie, je peux décider de faire confiance à mon agenda. Laisser aller mes scénarios irrationnels et faire le choix conscient d’accorder toute mon attention à la tâche que je suis en train d’effectuer, la réaliser du mieux que je peux et pouvoir me la sortir complètement de la tête par la suite, en ayant la satisfaction du travail bien fait.

Et même si je réalise que j’aurai quelques minutes de retard à une rencontre car la précédente s’étire, le fait de me ronger les sangs ne me sera d’aucune utilité. Je serai déconcentré et pas plus à l’heure. L’autobus n’arrive pas plus ou moins vite qu’on soit détendu ou énervé.

Le même raisonnement s’applique en ce qui concerne les moments de repos, de loisirs, de vacances, qui sont cruciaux à notre bien-être physique et mental. Pourtant, combien de fois je me surprends à culpabiliser de ne pas être en train de travailler sur mon entreprise ? Ce faisant, je néglige alors ce qui devrait m’occuper dans le moment présent : me détendre, m’aérer les idées et passer du temps de qualité avec ceux que j’aime.

Alors je vous dis : pour les prochaines semaines, courrez si vous avez à courir ; mais courez tranquillement. Il fait chaud, de toute façon.

Chronique parue dans le journal Le Courrier le 10 juillet 2018

par André-Claude Beaulac